La province de l’Ituri, dans le Nord-Est de la République Démocratique du Congo, reste l’une des zones les plus instables du pays en raison de conflits communautaires récurrents opposant principalement les communautés Hema et Lendu. Ces affrontements trouvent leurs racines dans des rivalités foncières, la compétition pour les ressources naturelles, et des différends historiques exacerbés par la faiblesse de l’État et la prolifération des armes légères.
Depuis 2017, des milliers de civils ont été tués ou déplacés à cause des violences intercommunautaires. Les villages sont régulièrement la cible d’attaques, d’incendies et de pillages, notamment dans les territoires de Djugu, Irumu et Mahagi. Les affrontements ne se limitent pas aux zones rurales : ils affectent également des centres urbains où des marchés et des infrastructures publiques sont détruits. Les enfants et femmes sont souvent les premières victimes, exposés aux violences sexuelles et aux enlèvements, tandis que les jeunes hommes sont parfois enrôlés de force dans des milices locales.
Dans ce contexte, la MONUSCO et les autorités locales ont multiplié les initiatives de médiation. À Mandro, Ezekere et Jina, des dialogues intercommunautaires impliquant des chefs traditionnels, des jeunes et surtout des femmes médiatrices ont permis de réduire temporairement les tensions et de sécuriser certains villages. Ces femmes jouent un rôle crucial, en favorisant le dialogue et la réconciliation sur des bases sociales et culturelles, là où les autorités classiques peinent à intervenir.
Parallèlement, des actions de reconstruction économique sont menées pour apaiser les conflits. À Djugu, la réouverture du marché communautaire de Dzudda permet de relancer le commerce local et de créer un espace de rencontre entre Hema et Lendu. Ces initiatives visent à montrer que la coopération économique peut devenir un levier de paix durable, en renforçant les liens intercommunautaires et en limitant l’isolement des populations vulnérables.
Malgré ces efforts, la situation reste fragile. Les rivalités foncières, combinées à l’influence de milices armées et à la lenteur de la justice, continuent de provoquer des violences sporadiques. Les ONG et la MONUSCO insistent sur la nécessité d’un engagement à long terme : sécurisation des zones à risque, désarmement des milices, renforcement de la justice locale et inclusion des femmes dans tous les processus de paix.
Ces mesures montrent que la paix en Ituri se construit « pas à pas », en combinant dialogue, médiation communautaire et relance économique, mais qu’elle dépend aussi de la volonté politique et du soutien international pour prévenir de nouvelles flambées de violence.
Diddy Mastaki