Sur environ 450 kilomètres, le trajet entre Beni et Goma est devenu un véritable casse-tête pour les voyageurs, pris entre routes dégradées, insécurité persistante et flambée des coûts de transport.
Deux principales options s’offrent aujourd’hui aux passagers : emprunter l’axe intérieur via Butembo et Rutshuru, ou contourner en passant par Kampala en Ouganda puis le Rwanda. Un choix qui oppose clairement souffrance et risques d’un côté, confort relatif mais coûts élevés de l’autre.
Trois jours de route, parfois sans dormir
Sur l’axe Beni–Butembo–Rutshuru–Goma, les conditions restent extrêmement difficiles. Routes dégradées, insécurité et lenteur du trafic allongent considérablement la durée du voyage.
« On peut passer deux à trois jours en route. Parfois, on est obligé de dormir à la belle étoile ou dans des petits hôtels improvisés », témoigne Jean-Baptiste, chauffeur de voiture rencontré à Beni.
Le coût du transport varie entre 45 et 50 dollars, mais ce tarif ne reflète pas les sacrifices consentis par les passagers.
« Ce n’est pas seulement le prix du ticket. Il faut ajouter de la nourriture, du logement, et parfois même des frais imprévus sur la route », explique Amina, une commerçante habituée de cet itinéraire. On souffre beaucoup, mais on n’a pas toujours le choix ».
L’option internationale : plus rapide, mais plus chère
Face à ces difficultés, certains voyageurs optent pour un itinéraire de contournement en passant par Kampala et le Rwanda avant de rejoindre Goma. Une option jugée plus sûre et plus confortable, mais nettement plus coûteuse.
Le transport sur cet axe est estimé entre 50 et 60 dollars, auxquels s'ajoutent environ 45 dollars pour l’obtention des documents de voyage nécessaires si on n’est pas en possession d'un passeport.
« C’est plus cher, mais au moins on arrive vite et en sécurité », confie Patrick, un agent humanitaire croisé à Goma.
« Quand on compare avec les risques sur la route de Rutshuru, beaucoup préfèrent payer plus », a-t-il dit.
La menace d’une flambée des prix
Au-delà des difficultés sécuritaires et logistiques, un autre facteur inquiète les usagers : la hausse du prix du carburant, liée aux tensions internationales, notamment la guerre au Moyen-Orient.
Selon plusieurs chauffeurs, cette situation pourrait entraîner un doublement des tarifs de transport dans les semaines à venir.
« Le carburant devient rare et cher. Si ça continue comme ça, les prix vont doubler. Nous aussi, on subit. On ne peut pas travailler à perte », déclare Mwangi, chauffeur de son état.
Même constat du côté des passagers, déjà éprouvés par le coût actuel du voyage.
« Déjà, payer 50 dollars pour 300 kilomètres, c’est énorme dans notre situation. Si les prix augmentent encore, beaucoup de gens ne pourront plus se déplacer », déplore Chantal une étudiante.
Un trajet révélateur d’une crise plus large
Entre routes impraticables, insécurité et dépendance aux dynamiques internationales, le trajet Beni–Goma illustre les multiples défis auxquels font face les populations de l’est de la République Démocratique du Congo.
Pour de nombreux habitants, voyager n’est plus seulement une nécessité, mais un pari risqué, où le choix de l’itinéraire détermine le prix à payer en argent, en temps et parfois en sécurité.
Diddy Mastaki