Dans les territoires de Djugu et d’Irumu, en Ituri, le sous-sol regorge de richesses minières, particulièrement l’or, mais cette abondance contraste encore avec les conditions de vie de nombreuses communautés riveraines. C’est ce paradoxe que vient de mettre en lumière le Fonds national de promotion et de service social (FNPSS), qui estime que le secteur minier n’a pas encore produit suffisamment d’effets sociaux visibles pour les populations locales.
Léon Yemba, chef d’agence provinciale du FNPSS en Ituri, rappelle que la mission de son institution n’est pas d’encadrer directement l’exploitation minière, mais plutôt d’accompagner les actions sociales liées aux responsabilités sociétales des coopératives minières. Son constat est clair : malgré quelques avancées, les attentes des communautés restent largement insatisfaites.
Cette situation pose une question essentielle : comment expliquer que des zones riches en ressources naturelles demeurent confrontées au manque d’infrastructures de base comme les écoles, les points d’eau ou d’autres services sociaux ?
Une richesse naturelle qui peine à devenir un bien collectif
L’exploitation minière est souvent présentée comme une opportunité de développement pour les régions productrices. Pourtant, à Djugu et Irumu, la transformation de cette richesse en bénéfices sociaux reste un défi majeur.
Pour les communautés locales, la présence des coopératives minières devrait se traduire par des améliorations concrètes dans leur quotidien. Les populations attendent notamment des investissements sociaux durables qui témoignent d’un véritable partenariat entre exploitants et communautés.
Mais la confusion entre responsabilité sociétale et cahiers des charges, relevée par le FNPSS, montre que les mécanismes censés garantir ces retombées sociales nécessitent encore davantage de clarté et de suivi.
Le défi de la gouvernance minière
Au-delà de la question des infrastructures, le débat renvoie à la gouvernance du secteur minier en Ituri. L’absence d’un contrôle efficace ou d’une coordination suffisante entre les différents acteurs peut limiter l’impact positif des ressources exploitées.
Le FNPSS plaide pour une implication renforcée de l’État afin d’accompagner les services chargés du suivi des engagements sociaux des opérateurs miniers.
Cette présence de l’État apparaît d’autant plus importante dans une province où les réalités sécuritaires rendent certaines zones difficiles d’accès et compliquent le suivi des activités sur le terrain.
Entre exploitation minière et protection des communautés
La question environnementale constitue également un autre enjeu. La destruction des champs et la dégradation des espaces naturels liés à certaines activités minières menacent directement les moyens de subsistance des populations rurales.
Pour de nombreuses familles, la terre reste une source essentielle de revenus et de survie. Une exploitation minière qui ne prend pas en compte cette réalité risque de créer de nouvelles vulnérabilités au sein des communautés.
D’où l’importance d’une collaboration entre les services miniers, les structures environnementales et les acteurs sociaux afin que l’exploitation des ressources naturelles ne se transforme pas en facteur de frustration.
Faire de l’or un levier de développement
Le défi pour l’Ituri n’est donc plus seulement d’extraire ses richesses minières, mais de garantir que celles-ci contribuent réellement au bien-être collectif.
L’or de Djugu et d’Irumu ne devrait pas seulement être une source de revenus pour les opérateurs. Il doit aussi devenir un instrument de développement pour les populations qui vivent autour des sites d’exploitation.
Car la véritable mesure de la richesse minière d’un territoire ne se trouve pas uniquement dans la quantité de minerais sortie du sol, mais dans la capacité de cette richesse à transformer durablement la vie des communautés locales.
Joël Heri Budjo