Des ordinateurs, des imprimantes et des fournitures de bureau ont été remis à plusieurs juridictions civiles et militaires de Kinshasa. Une dotation destinée à renforcer la réponse judiciaire aux violences sexuelles et basées sur le genre, alors que les autorités congolaises promettent d’accélérer la modernisation de la justice.
À Kinshasa, la lutte contre les violences sexuelles et basées sur le genre passe aussi par des moyens matériels. Jeudi 30 juillet, des équipements informatiques et des fournitures de bureau ont été remis aux juridictions civiles, aux juridictions militaires compétentes en la matière ainsi qu’aux offices des parquets de la capitale congolaise.
La cérémonie, organisée au siège de la Cour constitutionnelle, a réuni Dieudonné Kamuleta, président de cette juridiction et du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), la chargée d’affaires de l’ambassade du Canada, le représentant résident du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en République démocratique du Congo, plusieurs membres du bureau du CSM ainsi que la ministre du Genre, Famille et Enfant.
Cette dotation s’inscrit dans le cadre du programme Justice, autonomisation et dignité des femmes et filles (JAD). Soutenu par le Canada et mis en œuvre avec le PNUD, celui-ci vise à améliorer l’accès à la justice des femmes et des filles victimes de violences, tout en renforçant les institutions chargées de leur protection.
Dans son discours, Dieudonné Kamuleta a salué l’appui du Canada et du PNUD, présenté comme un accompagnement durable des efforts de réforme du système judiciaire congolais. Pour le président du CSM, la consolidation de l’État de droit ne peut être dissociée des conditions concrètes dans lesquelles travaillent les magistrats et les agents judiciaires.
« Aucune justice ne peut remplir pleinement sa mission sans disposer des moyens matériels, techniques et organisationnels nécessaires à son fonctionnement », a-t-il déclaré, rappelant le rôle de l’institution judiciaire dans la protection des libertés fondamentales, la sécurité des citoyens et la stabilité du pays.
Les ordinateurs, imprimantes et fournitures remis doivent notamment équiper les cellules spéciales de répression des violences sexuelles et basées sur le genre. Selon Dieudonné Kamuleta, ils devraient permettre d’améliorer l’organisation des juridictions, les conditions de travail du personnel et la célérité dans le traitement des dossiers.
L’enjeu dépasse toutefois la simple distribution de matériel. Dans un appareil judiciaire régulièrement confronté à l’insuffisance des infrastructures, au manque de ressources et à la lenteur des procédures, cette opération est présentée comme une étape de la modernisation progressive de l’administration judiciaire.
L’objectif affiché est de parvenir à « une justice qui protège réellement les survivantes des atrocités », a insisté le président du CSM.
Au-delà de cette remise, le président du CSM a appelé à élargir la coopération entre son institution, le gouvernement congolais, le Canada et le PNUD.
Parmi les priorités évoquées figurent la transformation numérique de la justice, la formation continue des magistrats, le renforcement de l’éthique et de la discipline, la modernisation des infrastructures ainsi que le développement d’outils de gestion des juridictions.
La numérisation apparaît comme l’un des principaux défis. Elle pourrait faciliter l’archivage des dossiers, le suivi des procédures et la circulation de l’information entre les différents services judiciaires. Mais sa réussite dépendra aussi de l’accès à l’électricité, de la maintenance des équipements, de la formation des utilisateurs et de la sécurisation des données sensibles.
Le défi sera donc de faire de cette dotation autre chose qu’une opération ponctuelle. Pour produire des résultats durables, les équipements devront s’inscrire dans une politique plus large de financement, de formation et d’évaluation des juridictions spécialisées.
Dieudonné Kamuleta a réaffirmé la volonté du CSM de poursuivre les réformes afin de faire de la justice congolaise une institution « plus indépendante, efficace, impartiale et digne de la confiance des citoyens », conformément à la vision défendue par le président Félix Tshisekedi.
Dans un pays où les violences sexuelles restent un défi majeur pour les institutions, l’efficacité de cette ambition sera surtout mesurée à l’aune des dossiers effectivement instruits, des auteurs poursuivis et de la qualité de l’accompagnement offert aux survivantes.
Rédaction