La riposte contre la maladie à virus Ebola en Ituri a échappé de peu à une paralysie des activités de terrain. Pendant plusieurs jours, le mécontentement des prestataires sanitaires, lié au non-paiement de leurs indemnités, a fait planer le risque d’un ralentissement des opérations essentielles dans les zones de santé de Bunia et de Rwampara.
La reprise du travail annoncée après une rencontre entre les représentants des agents et le gouverneur militaire de l’Ituri a permis d’éviter une interruption prolongée des activités. Mais derrière cet apaisement temporaire se cache une question plus profonde : celle de la fragilité du système de financement qui soutient les équipes engagées dans la lutte contre Ebola.
Les prestataires réclamaient le paiement de 45 jours d’arriérés, tout en dénonçant des écarts dans le traitement des différents piliers de la riposte. Selon le Dr Isaac Mugenyi, médecin responsable des centres de traitement Ebola de Rwampara, environ 90 % des agents impliqués dans les zones de santé de Bunia et Rwampara étaient touchés par ces retards.
« Nous sommes sortis avec un sentiment de satisfaction. Le gouverneur nous a rassurés que la situation sera régularisée dans un délai de cinq jours », a déclaré le responsable médical après la rencontre avec l’autorité provinciale.
Une menace directe sur la continuité de la réponse
Dans une épidémie comme celle d’Ebola, la mobilisation des ressources humaines constitue un maillon essentiel. Surveillance communautaire, recherche des contacts, prise en charge des malades, prévention et contrôle des infections : toutes ces activités reposent sur des équipes opérationnelles disponibles en permanence.
Le mouvement de grève des prestataires a donc exposé une vulnérabilité majeure de la riposte. Une interruption prolongée aurait pu affecter la détection rapide des cas, ralentir les interventions dans les communautés et compliquer davantage le contrôle de l’épidémie.
Cette situation rappelle des difficultés déjà observées lors de précédentes réponses sanitaires en République Démocratique du Congo, où les retards dans le paiement des agents de terrain ont souvent provoqué des frustrations et une baisse de motivation parmi les équipes mobilisées.
Des irrégularités administratives au cœur des retards
Lors des échanges avec les prestataires, le gouverneur militaire de l’Ituri aurait évoqué des problèmes liés à la gestion administrative des listes de paiement, notamment la présence de doublons, comme l’une des causes des retards constatés.
L’intervention de l’autorité provinciale a permis de calmer la tension et d’obtenir la reprise des activités. Les agents ont appelé leurs collègues à regagner les postes de travail, notamment dans les centres de traitement, afin d’éviter toute rupture dans la prise en charge des patients.
Cinq jours pour restaurer la confiance
La suspension de la grève ne signifie toutefois pas la fin de la crise. Pour les prestataires, l’engagement pris par les autorités doit désormais se traduire par des actes concrets.
Le délai annoncé de cinq jours devient ainsi un moment décisif pour mesurer la capacité des responsables de la riposte et des partenaires à répondre aux préoccupations des équipes de terrain.
Un nouveau retard pourrait raviver les tensions et fragiliser une réponse sanitaire déjà confrontée à plusieurs contraintes, notamment logistiques, sécuritaires et financières.
Ebola : une bataille qui dépend aussi des ressources humaines
Au-delà de la question salariale, cet épisode met en évidence une réalité souvent moins visible dans la gestion des épidémies : une riposte efficace dépend autant de l’engagement humain que des moyens médicaux disponibles.
Agents de santé, communicateurs communautaires, psychologues, hygiénistes, laborantins et autres prestataires constituent le premier rempart contre la propagation du virus.
Pour plusieurs observateurs, assurer un financement régulier et transparent des équipes représente donc un enjeu stratégique au même titre que l’accès aux médicaments ou aux infrastructures sanitaires.
En Ituri, l’épisode des paiements en souffrance aura servi d’alerte : dans une épidémie où chaque jour compte, la démotivation des acteurs de terrain peut rapidement devenir un facteur de risque pour toute la riposte.
Joël Heri Budjo