L’incident sécuritaire survenu le 1er mai 2026 dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, impliquant une équipe de Médecins Sans Frontières (MSF), ne se limite pas à un épisode isolé. Il illustre une réalité systémique : dans les zones sous tension, la sécurité des humanitaires, la perception du risque par les populations et les mesures de précaution conditionnent directement l’accès aux soins.
En mission d’évaluation des besoins à Mwenga, Kamituga et Kitutu, selon MSF, un personnel de son équipe a été confronté à un incident attribué à des combattants se réclamant des Wazalendo. Si tous les membres sont sortis indemnes, cet événement s’inscrit dans un climat de méfiance et de peur généralisée, où la moindre alerte peut provoquer des mouvements de panique, des déplacements soudains de populations et un repli des services essentiels.
Dans sa déclaration du 5 mai, MSF s’est voulue rassurante : « Notre équipe est saine & sauve. Elle poursuit ses activités à Mwenga, en coordination avec les autorités ».
Mais dans un environnement marqué par une forte psychose sécuritaire, la poursuite des activités humanitaires repose sur un ensemble de précautions strictes. Concrètement, cela implique des évaluations quotidiennes des risques, la limitation des déplacements, la sécurisation des itinéraires, la négociation d’accès avec les acteurs locaux et parfois la réduction de la visibilité des opérations pour éviter toute assimilation à des parties au conflit.
L’organisation souligne d’ailleurs l’importance du dialogue permanent : « Nous sommes en contact permanent avec tous les acteurs concernés afin de clarifier les circonstances de cet incident et garantir la sécurité et la sûreté de notre équipe (…) Ces échanges ont été positifs et constructifs », a souligné le directoire de Médecin Sans Frontières sur X.
Ces mécanismes de précaution, bien qu’indispensables, ont un coût opérationnel. Dans les zones comme Mwenga, où la peur d’attaques ou d’affrontements entre les forces loyalistes appuyées par le Wazalendo contre le M23 est omniprésente, les précautions militaires semblent s'imposer d'une manière ou d'une autre.
Ainsi, la corrélation est double : l’insécurité limite la mobilité des humanitaires, et la psychose sécuritaire freine celle des patients ou de la population locale. Le résultat est un rétrécissement de l’espace humanitaire, où l’offre de soins et la demande réelle ne se rencontrent plus efficacement après le déplacement de nombreux habitants vers des zones supposées sûres, mais également la retraite de certaines organisations Internationales jadis actives sur le terrain.
MSF rappelle pourtant la constance de son mandat : « MSF est une organisation médicale humanitaire indépendante, neutre et impartiale (…) dont l’objectif principal est de fournir des soins médicaux d’urgence aux personnes touchées par les conflits armés ».
Dans ce contexte, garantir la sécurité ne signifie pas seulement protéger les équipes, mais aussi restaurer un climat de confiance permettant aux populations d’accéder aux services disponibles sans crainte.
« Nous restons engagés à fournir des soins médicaux en toute impartialité aux populations du Sud-Kivu et de toute la RDC », poursuit MSF.
Alors que les appels à l’ouverture de couloirs humanitaires sécurisés se multiplient, l’incident de Mwenga rappelle une évidence opérationnelle : sans environnement sécurisé et sans confiance des communautés, même les dispositifs humanitaires les mieux structurés voient leur efficacité fortement réduite.
Dans l’Est de la RDC, la réponse humanitaire ne dépend donc pas uniquement des ressources disponibles, mais d’un équilibre fragile entre sécurité réelle, perception du risque et capacité d’adaptation des acteurs sur le terrain.
Diddy Mastaki