À l'occasion de la Journée nationale du Génocost, célébrée ce 02 août 2026, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a publié une déclaration de trois pages dans laquelle il rend hommage aux millions de victimes des conflits en République Démocratique du Congo, tout en appelant à des réformes profondes pour mettre fin à l'impunité et aux causes structurelles de la guerre.
Le gynécologue Congolais décrit le conflit qui ravage l'Est de la RDC comme « la plus longue et la plus meurtrière tragédie qu'ait connue l'humanité depuis la Seconde Guerre mondiale », saluant les survivants, les déplacés, les victimes de violences sexuelles et les familles endeuillées.
« La reconnaissance du 02 août comme Journée nationale du "Génocost" constitue une avancée importante dans le devoir de mémoire. Mais cette reconnaissance ne prendra tout son sens que si elle s'accompagne d'une volonté politique de mettre fin aux causes profondes du conflit et de garantir aux victimes leurs droits à la justice, à la vérité, aux réparations et aux garanties de non-répétition », affirme-t-il.
Denis Mukwege estime que les conflits armés dans l'Est de la RDC sont intimement liés à l'exploitation des ressources minières stratégiques.
« Le cobalt, le coltan, l'or, la cassitérite, le tungstène et d'autres minerais stratégiques alimentent les industries du numérique, de la défense et de la transition énergétique. Il est inacceptable que plusieurs générations de Congolais continuent de payer de leur vie le prix du développement du reste du monde », dénonce-t-il.
Le Nobel de la paix rappelle également que plusieurs rapports des Nations-Unies et d'organisations internationales ont établi des liens entre les conflits armés, l'exploitation illicite des ressources naturelles et les interventions d'acteurs étrangers.
« Les conclusions les plus récentes du Groupe d'experts de l'ONU confirment que le contrôle des zones minières demeure l'un des principaux moteurs de la guerre d'agression et d'occupation actuelle de l'armée rwandaise et de ses alliés du M23 et de l'AFC », écrit-il.
Évoquant les massacres commis dans les territoires de Beni et de Mambasa, Denis Mukwege estime que les atrocités quotidiennes ne peuvent plus être tolérées.
« La société Congolaise et la communauté internationale ne peuvent plus continuer de tolérer sans réaction ferme les atrocités de masse commises chaque jour en RDC », insiste-t-il.
Il appelle à la création d'un Tribunal pénal spécial pour la RDC, de chambres spécialisées mixtes, ainsi qu'à une stratégie nationale de justice transitionnelle incluant poursuites judiciaires, recherche de la vérité, réparations et garanties de non-répétition.
Une critique du projet de révision constitutionnelle
Dans sa déclaration, Denis Mukwege s'oppose également au projet de révision de la Constitution actuellement défendu par les autorités.
« Malgré les contestations de la société civile, des Églises et de l'opposition sur la nécessité, l'urgence et l'opportunité du changement de la Constitution, le pouvoir en place tient malgré tout à changer cette dernière pour prolonger le mandat du Président Félix Tshisekedi », affirme-t-il.
Le Prix Nobel avertit qu'une telle démarche pourrait accentuer les tensions internes.
« Cette démarche dangereuse pourrait conduire encore une fois à une déstabilisation interne conflictogène qui risque de verser inutilement le sang des Congolais. Nous exhortons fermement le pouvoir d'abandonner ce projet et d'écouter la voix de la raison », déclare-t-il.
Faire de la mémoire un engagement national
Au-delà du devoir de mémoire, Denis Mukwege plaide pour la création d'un Mémorial national à Kinshasa ainsi que de monuments dans les provinces meurtries par les conflits afin de préserver les preuves de cette tragédie et transmettre l'histoire aux générations futures.
« La mémoire n'a de sens que si elle conduit à l'action. Transformons les minerais de conflits en minerais de paix, l'impunité en justice, la prédation en gouvernance responsable et la souffrance en espérance », conclut-il.
Le Prix Nobel estime que la RDC ne pourra retrouver une paix durable qu'en mettant fin aux agressions, au pillage des ressources naturelles et en rendant justice aux millions de victimes des trois dernières décennies.
Diddy Mastaki