Une enquête publiée par le magazine The Continent affirme avoir mis au jour le fonctionnement d'une présumée opération d'influence numérique coordonnée par le Rwanda pour répondre aux critiques liées à son implication dans le conflit de l'Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Intitulée « The influence operation we aren't supposed to know about » (L'opération d'influence que nous ne sommes pas censés connaître), l'investigation est signée par les journalistes Michela Wrong et James Okong'o.
Selon les auteurs, un document interne devenu accessible par erreur aurait offert un aperçu inédit de ce qu'ils présentent comme un dispositif de communication organisé autour d'une équipe centrale chargée de défendre la position officielle de Kigali sur les réseaux sociaux.
« Le Rwanda dispose d'un manuel pour répondre aux critiques concernant son implication dans l'Est de la RDC. Cette enquête révèle comment une équipe centrale coordonne une réponse à plusieurs niveaux : contester les preuves, remettre en question la crédibilité des critiques, amplifier les documents officiels, introduire des contre-récits et inonder les discussions d'affirmations concurrentes », indiquent les auteurs.
L'enquête affirme qu'une feuille de calcul Google, restée publiquement accessible, recensait notamment les noms de neuf personnes, leurs responsabilités, leurs équipements ainsi qu'un budget destiné à cette opération numérique.
D'après The Continent, cette équipe serait rattachée au Bureau de la porte-parole du gouvernement rwandais, dirigé par Yolande Makolo, avec un budget annuel estimé à 124 124 000 francs Rwandais, soit environ 85 600 dollars Américains.
Le document présenté par le magazine mentionnerait également des dépenses consacrées à l'achat de téléphones, d'ordinateurs, de crédits Internet ainsi qu'au paiement de salaires mensuels compris entre 750 000 et 900 000 francs Rwandais.
Les journalistes indiquent avoir analysé près de 60 000 publications sur le réseau social X, rédigées en Anglais, Français, Kinyarwanda et Swahili. Ils soutiennent que plusieurs axes de communication revenaient de manière récurrente.
« L'analyse des publications révèle trois principales lignes d'attaque : discréditer les critiques du soutien bien documenté du Rwanda au M23 ; promouvoir un récit présentant l'armée Congolaise comme indissociable des FDLR ; et présenter le Rwanda comme le protecteur de la minorité tutsie persécutée dans l'Est de la RDC », affirme l'enquête.
Les auteurs précisent toutefois que le document consulté « ne démontre pas l'ensemble du dispositif d'influence numérique du Rwanda », mais qu'il offrirait un aperçu rare de son organisation interne.
L'article rappelle également que Kigali continue de rejeter toute accusation de soutien au M23, affirmant agir uniquement pour répondre à des menaces sécuritaires provenant de groupes armés actifs dans l'Est de la RDC et pour protéger les communautés tutsies Congolaises.
À ce stade, les éléments avancés par The Continent constituent les conclusions de cette enquête journalistique. Les autorités rwandaises n'ont pas reconnu l'existence d'une telle opération et maintiennent leur position officielle niant tout appui militaire au M23.
Diddy Mastaki