Le secteur minier Congolais attire un nouvel acteur international. La société Américaine « African Discovery Group » (AFDG) a annoncé la signature d’un accord définitif de vente et d’achat (Share Purchase Agreement – SPA) portant sur le Butembo Copper Asset, un projet cuprifère situé dans la province du Nord-Kivu, à l’est de la République Démocratique du Congo.
Dans un communiqué adressé aux investisseurs, l’entreprise précise qu’elle opère désormais sous une nouvelle dénomination, Copper Intelligence, Inc., marquant une étape stratégique dans son repositionnement sur le marché des minéraux critiques. Cette opération intervient dans un contexte de rapprochement économique accru entre Kinshasa et Washington, notamment à la suite d’une table ronde sur les minéraux stratégiques organisée récemment à Washington D.C.
Un gisement encore peu exploité mais prometteur
Le permis d’exploration concerné était jusque-là détenu par la société Graben Mining, dont les activités de recherche s’étendent principalement dans la région de Bashu, en territoire de Beni. Selon plusieurs données géologiques disponibles, les indices de présence de cuivre identifiés dans cette zone sont jugés encourageants, renforçant l’intérêt d’investisseurs internationaux à un moment où la demande mondiale en cuivre ne cesse de croître.
Ce minerai est aujourd’hui considéré comme stratégique, en raison de son rôle central dans les industries de la transition énergétique, des technologies numériques et des infrastructures électriques.
Enjeux géopolitiques et économiques
L’arrivée d’une entreprise américaine sur un actif minier situé dans l’est Congolais s’inscrit également dans une reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales en minerais critiques, alors que les États-Unis et leurs partenaires cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement hors des circuits traditionnels.
Pour Kinshasa, ce type de partenariat est présenté comme une opportunité de valorisation des ressources nationales, à condition qu’il s’accompagne de retombées économiques tangibles et d’un respect strict du cadre légal Congolais.
Des inquiétudes persistantes au niveau local
Sur le terrain, toutefois, cette perspective suscite des préoccupations parmi les acteurs locaux de la société civile. À Beni, l’activiste Sadam Patanguli dénonce depuis plusieurs années ce qu’il qualifie de manque de transparence dans les opérations de recherche et certaines exploitations artisanales observées dans des villages tels que Kavasewa, Kitheghe et Kathihu.
Il affirme que plusieurs activités minières échapperaient au paiement régulier des taxes et intégreraient insuffisamment la main-d’œuvre locale, un contexte qui, selon lui, pourrait accentuer les tensions sociales et sécuritaires dans une région déjà marquée par l’activisme passé de groupes armés, notamment les ADF, historiquement implantés dans l’espace de Bashu.
Un test pour la gouvernance minière
Alors que le projet du cuivre de Butembo entre dans une phase décisive, les autorités congolaises sont appelées à renforcer les mécanismes de contrôle, afin de garantir une exploitation responsable, bénéfique aux communautés locales et conforme aux standards internationaux.
L’évolution de ce dossier pourrait ainsi constituer un test majeur pour la gouvernance minière en RDC, particulièrement dans les zones affectées par des fragilités sécuritaires persistantes.
Diddy Mastaki